L’attentat en Nouvelle Zélande a profondément ébranlé la communauté musulmane. Le vendredi, ou jumuah, en arabe, signifie la journée de la prière en congrégation. C’est une période de temps sacrée en Islam jusqu’au point qu’un sourate du coran porte le même titre. Cet attentat a perverti cette journée, et a laissé derrière lui plus que 50 morts innocents y compris les vieillards et les enfants. Pour couronner le tout, le terroriste filmait son attaque brutale en vive sur les réseaux sociaux, notamment Facebook. Cette publicité lui donnait l’attention qu’il cherchait et diminuait l’attention sur ses victimes.

Sans doute, cet attentat était une grande tragédie. C’était l’islamophobie à l’extrême; cependant, il faut comprendre le mécanisme derrière l’attaque, et s’adresser au grand système préalable mis en place qui donnait lieu à ces actions.

Au niveau des médias, l’islam est étroitement lié au terrorisme. Le public n’est plus sensible lorsqu’un terroriste “musulman” se présente à l’écran. En fait, ces derniers attendent qu’il soit “islamique” ou “musulman.” On remarque de ce fait lorsqu’on regarde des émissions et films d’Hollywood ayant des terroristes “islamiques/ musulmans”, par exemple Homeland, True Lies , Iron Man et bien d’autres. C’est une formule bien conçue chez Hollywood selon laquelle les musulmans devraient être présentés comme abusifs, violents, ignorants, bêtes et haineux envers l’Occident. Ce type porte une barbe et il est brun et poilu. Pour les musulmanes, les éléments stéréotypiques existent aussi. Elles sont voilées, leurs corps sont cachés sous des draps noirs. Elles sont muselées, abusées, et illettrées. L’Hollywood investi beaucoup d’argent pour maintenir cette formule. L’objectif est clair; rallier le plus grand nombre de spectateurs pour contrer un groupe cible afin d’augmenter le revenu.

Ces stéréotypes ne restent pas sur l’écran. Selon l’étude de Wilkins-Laflamme (2018), depuis 2011 les sentiments négatifs envers les musulmans sont en hausse au Canada, même parmi les groupes minoritaires tels que les noirs, le LBGTQ, etc. Ces derniers sont en lien avec les éléments stéréotypiques présents dans les films d’Hollywood et sont reflétés dans la vie quotidienne des musulmans. En outre, chaque musulman individuel est perçu comme représentatif du groupe entier, et se retrouve non seulement à justifier ses propres croyances et son style de vie mais ceux des autres. C’est mon cas personnel. On me pose souvent des questions concernant les musulmanes qui portent le hijab (le voile), même si je ne le porte pas. Je suis forcé de répondre aux questions intrusives: pourquoi le voile existe et plus précisément, pourquoi telle ou telle femme le porterait. On me considère comme l’autorité sur tous les adhérents de la religion malgré qu’il y ait des milliards de musulmans autour du monde provenant de cultures différentes.

Face à ce climat, que peut-on faire? Dans les écoles, il faut sensibiliser les élèves sur la diversité en général, y compris celle des musulmans. Je propose une activité sur les stéréotypes. Les élèves ressortent tous les stéréotypes concernant les musulmans sur des posts-its et par la suite, les organisent en catégories (les femmes, les groupes ethniques, les vêtements, etc.). Cette activité, qui se fait en anglais ou en français, permettrait aux élèves de sortir tout ce qu’ils pensent savoir sur les musulmans. La suite de l’activité est la partie la plus importante. Une fois les stéréotypes confrontées, l’enseignant doit fournir des exemples qui les brisent. Ceci peut impliquer les invités venant en salle de classe ou aller visiter des mosquées, etc. Avant d’entreprendre cette activité, il faut s’assurer de créer un climat en salle de classe dans lequel les élèves se sentent à l’aise de s’exprimer librement et ont un esprit ouvert.

De plus, les enseignants devraient porter attention aux ressources employées en salle de classe durant les leçons afin de promouvoir une ouverture d’esprit et d’éviter les éléments stéréotypiques. Les personnagesdans les histoires qu’on présente aux élèves devraient être représentatifs de la diversité qui nous entoure, y compris les protagonists musulmans. En immersion, lorsqu’on visionnent les clips-vidéos en francais, il importe de montrer aux élèves les musulmans parlant en français ou provenant des pays francophones comme ceux au Maghreb ou en Afrique.

Contrer l’islamophobie dans nos écoles exige l’implication de toute la communauté d’apprentissage (les parents, les élèves, l’administration et les enseignants). De nos jours nous ne pouvons plus nous fier sur ce que nous voyons et entendons à l’écran. Nous devons être toujours en mode de questionnement par rapport aux stéréotypes, surtout dans les nouvelles, les films, etc. C’est cette vigilance et pensée critique qu’il faut transmettre aux élèves. Les membres de la communauté d’apprentissage devraient assumer la responsabilité de s’engager avec les uns et les autres et bâtir des relations avec le reste de la communauté afin d’éviter un autre attentat comme celui en Nouvelle-Zélande.

Par: Jafar A. Hussain

References:
Coran-francais. URL: https://www.coran-francais.com/coran-francais-sourate-41-0.html Islamophobie.net: http://www.islamophobie.net/

Phys.org: https://phys.org/news/2018-03-muslims-high-discrimination-canada.html Vox.com: https://www.vox.com/videos/2017/2/23/14699072/hollywood-muslims-terrorist-stop

Wilkins-Laflamme, Sarah. (2018). Islamophobia in Canada: Measuring the Realities of Negative Attitudes Toward Muslims and Religious Discrimination. Canadian Review of Sociology/Revue canadienne de sociologie. 55. 86-110. 10.1111/cars.12180.

Zafar, Abid. (2018). Portrayal of Muslims in the Bollywood Movies. 97-107. URL:https://www.researchgate.net/publication/328580196_Portrayal_of_Muslims_i

Jafar A. Hussain

Jafar A. Hussain est enseignant en immersion française du conseil scolaire de Toronto. Il participe activement aux programmes reposant sur les initiatives globales et l'équité. Entre 2007 et 2013, il faisait partie de l'équipe de TakingItGlobal (TIGED), Global Partners Junior, Global Scholars et Safe and Caring Schools. M. Hussain est chercheur dans le domaine de l'éducation et publie des articles sur l’usage de la technologie en immersion française ainsi que sur la pratique réfléchie en salle de classe. Il détient son baccalauréat en Études françaises de l'Université York, son baccalauréat en Éducation et sa maîtrise en Didactiques des langues secondes de l'Université d’Ottawa.

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