1. Quel est le but de votre organisme, l’ACEI ? 

L’Alliance pour une Communauté Éducative Inclusive réunit des enseignants immigrants pour développer des outils afin de faciliter l’insertion professionnelle des nouveaux venus dans la profession, mais notre rôle ne se limite pas à cela. Bon nombre de nos projets sont orientés vers la création et le partage de ressources pédagogiques, que ce soit entre enseignants ou avec divers acteurs de la communauté éducative tels que les parents et les élèves eux-mêmes.

2. Pourquoi avez-vous choisi « les difficultés d’insertion des enseignants africains » comme thème pour votre atelier à FESI cette année ? 

En tant qu’enseignante immigrante issue de la minorité ethno culturelle, la question de l’octroi des postes aux enseignants immigrants m’interpelle depuis plusieurs années, et enparticulier celle concernant les enseignants immigrants africains. Vous l’aurez constaté, certains articles font état de leurs difficultés à obtenir un poste en enseignement, malgré leurs qualifications. Cependant, d’un autre côté on parle de pénurie d’enseignants. Cela semble contradictoire à bien des égards et j’ai pensé, lorsque je me suis vue offrir l’opportunité de présenter un atelier au FESI 2019, que c’était une occasion idéale pour engager la conversation avec d’autres personnes afin de recueillir les différents avis.

J’ai aussi choisi ce sujet parce que le plus nous débattrons de l’insertion professionnelle des enseignants africains et des potentiels obstacles systémiques que ceux-ci doivent surmonter, le plus de données nous à l’ACEI seront en mesure d’exploiter pour mieux orienter nos programmes d’accompagnement.

3. Depuis que vous avez débuté votre carrière d’enseignante, comment l’éducation dans les écoles de langue française a-t-elle changé ?

Lorsque j’ai débuté en 2010, il y avait déjà de nombreuses écoles francophones dans la grande région de Toronto. Le nombre d’écoles n’a cessé de croître depuis lors, et cela témoigne à suffisance de la vitalité de l’éducation en langue française.

Ce que je déplore en tant qu’enseignante, c’est le fait que l’anglais s’inscrive de plus en plus comme une langue incontournable dans nos écoles de langue française. Nous développons constamment des outils pour promouvoir le français à l’école, de nouveaux jeux en français, des récompenses pour l’élève francophone et bien d’autres stratégies, mais de nombreux élèves une fois sortis de la salle de classe retournent automatiquement à l’usage de l’anglais.

C’est une situation qui prévalait déjà lorsque j’ai intégré la profession, c’est une situation qui perdure, alors je ne peux pas valablement affirmer, du moins pour ce point là, que l’éducation dans les écoles de langue a changé. J’ai cependant vu dans les médias qu’une contestation judiciaire est en préparation au sujet du nombre d’élèves anglophones admis dans les écoles francophones en Ontario. Je ne sais pas si nous tenons là une éventuelle piste de solution…

4. Quelles sont les injustices auxquelles les enseignants des écoles de langue française font face ?

Les enseignants des écoles de langue française ont eu à mener de nombreuses batailles pour que le français survive en Ontario. Cependant, dans le contexte actuel, je ne pense pas qu’il y ait des injustices vécues spécifiquement par les enseignants des écoles de langue française. S’il y a des injustices auxquelles les enseignants font face, elles touchent certainement tous les enseignants. Pour ma part en tant qu’enseignante dans une école de langue française, je déplore tout simplement le manque d’accompagnement offert au personnel pour développer spécifiquement la francisation chez l’élève.

J’ai assisté pour la première fois au Stage de perfectionnement de l’ACELF, l’Association Canadienne d’Éducation en langue française, qui s’est tenu durant les deux premières de juillet dans la ville de Québec. Je peux vous assurer que j’en suis ressortie avec une trousse d’outils assez consistante, pour développer l’usage du français en milieu scolaire. Mais seulement, très peu d’enseignants assistent à cette formation, car les conseils n’en sélectionnent que deux, maximum quatre, par année. Mon souhait est de voir de tels stages offerts en Ontario, avec un plus grand nombre de participants.

5. Quelles sont les injustices auxquelles les élèves des écoles de langue française font face ? 

Les coupes budgétaires dans l’éducation décrétées par le gouvernement conservateur provincial de Doug Ford, qui ont fait couler beaucoup d’encre au cours de cette année scolaire, ont certainement mis à mal de nombreux services offerts aux élèves. Je vais m’arrêter au cas des services d’actualisation linguistique en français. J’ai mentionné précédemment le fait que la francisation devrait avoir la priorité chez les élèves des écoles de langue française. Comment comprendre donc qu’on réduise les services d’ALF pendant que l’on continue à recruter des élèves qui n’ont pas le français comme première langue? Je pense qu’il y a de nombreuses priorités à revoir. Le gouvernement doit s’assurer que les élèves reçoivent les services et soutiens nécessaires pour leur garantir le succès académique.

6. Avez-vous des ressources à recommander qui traitent du cas des enseignants immigrants africains?

Elles sont malheureusement rares, et c’est un des axes prioritaires de l’Alliance pour une Communauté Éducative Inclusive, notamment la collecte des données qui permettront de mieux établir la situation des enseignants immigrants africains. Certains articles qui ont retenu mon attention et que j’aimerais recommander sont cet article de Phyllis Dalley, qui traite de l’insertion professionnelle des enseignants africains: https://onfr.tfo.org/lenseignement-difficile-dacces-pour-les-immigrants-francophones-africains/ et cet article de Jabouin Sony et Claire Duchesne qui traite de l’insertion professionnelle des nouveaux enseignants originaires des Caraïbes et d’Afrique subsaharienne (NEOCAS) dans les écoles francophones de l’est de l’Ontario: https://ruor.uottawa.ca/handle/10393/38176

Par: Alice Fomen

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