Bonjour, Je me présente. Je m’appelle Cécile Robertson. Je suis directrice de cours à la faculté d’éducation à York dans le programme de la formation d’enseignants de français langue seconde. En tant qu’enseignante en immersion, j’ai toujours voulu incorporer le cinéma dans ma salle de classe mais je me suis confrontée à des défis liés aux réalités quotidiennes de la vie des élèves adolescents. Ces sujets sont souvent occultés dans la salle de classe. 

Aujourd’hui, je vais parler à Marcelle Lean, fondatrice et directrice artistique du festival jeunesse Cinéfranco de Toronto

Bonjour Marcelle. Dans quel but avez-vous conçu le festival francophone de la jeunesse?
Le festival jeunesse offre l’unique occasion aux jeunes Francophones et aux apprenants de la langue française de vivre des expériences mémorables par le cinéma, véritable outil de connaissance linguistique, sociale et de reconnaissance culturelle pour une société inclusive, tolérante.
Un des aspects importants du programme est de sortir les élèves de la classe pour leur donner à la fois la liberté de s’exprimer sans contrainte mais aussi d’aborder des vrais sujets de la vie qui ne sont pas nécessairement traités dans le cadre de la classe. 

Pouvez me donner quelques exemples de ces sujets?

Les exemples les plus courants sont la cyberintimidation, le décalage culturel et linguistique vécu par des élèves nouveaux immigrants de pays anciennement colonisés, le suicide des jeunes, l’image de soi et les pressions sociales, l’orientation sexuelle ou une intersectionnalité de tous ces éléments identitaires. 

Dans votre programmation 2019, quels thèmes allez-vous aborder? 

Pour le moment, nous avons des thèmes intéressants sur le retour aux racines comme le film Wallay qui va honorer le mois de l’histoire des noirs, sur les changements climatiques et leurs conséquences désastreuses avec Dans la brume. Il y a aussi un film d’animation Funan le peuple nouveau sur la déshumanisation d’une société à travers une idéologie politique (les Khmers rouges au Cambodge). 

Nous abordons tout de même des sujets plus légers qui reflètent des traits de civilisation de sociétés francophones diverses comme Gaston Lagaffe par exemple.

Y-a-t-il des films que vous avez dû éliminer de votre programme? 

Nous avons dû abandonner quelques films car ils n’avaient pas de sous-titres en anglais ce qui allait à l’encontre de nos principes d’inclusion c’est-à-dire que nous visons tous les publics de jeunes à la fois francophones et francophiles. J’ai dû renoncer au très beau film québécois de Tristan Dubois La Chute de Sparte. Ce film plonge dans les problèmes d’ados englobant la cyber intimidation, le suicide et l’homosexualité.

Pourquoi avez-vous décidé de ne pas programmer ce film en particulier? 

Le retour aux principes d’éducation physique et sexuelle de 1998 m’a inquiétée. Il est indicatif d’un changement d’attitude.

Je peux concevoir que les ados soient exposés au sujet de l’homosexualité et du suicide qui s’ensuit en dehors de la classe mais il reste que la salle de cinéma est considérée comme une prolongation de l’espace scolaire. Cela veut dire que si l’école ne tolère pas la violence, les mots grossiers ou même les sujets actuellement tabous, ma programmation va s’en ressentir.

Dans le cas du film, le comportement du personnage homosexuel doit faire l’objet d’un débat intéressant mais si les enseignants eux-mêmes ont des réserves, le film perd sa fonction d’outil d’analyse et de pensée critique.

Ne pensez-vous pas que vous contribuez soit à marginaliser les personnes les plus vulnérables et à supprimer leurs voix? 

C’est justement mon dilemme. Je voudrais aller au-delà des frontières imposées par le système mais en même temps je peux faire passer les mêmes messages de façon plus édulcorée c’est-à-dire que certains films font allusion à ces sujets sans véritablement les développer ce qui donne une certaine liberté aux enseignants qui choisissent ou pas de traiter des sujets controversés.

En conclusion, je vois le cinéma comme un outil idéal de provocation où la controverse interpelle le spectateur et l’oblige à se questionner, se révéler et à aiguiser son sens critique.

Écrit par Cécile Robertson

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